Odilon Redon
Odilon Redon, pseudonyme de Bertrand Redon, né le 20 avril 1840 à Bordeaux et mort le 6 juillet 1916 à Paris, est un peintre et graveur symboliste français.
Son art explore les aspects de la pensée, la part sombre et ésotérique de l'âme humaine, empreinte des mécanismes du rêve.
Odilon Redon naît le 20 avril 1840 à Bordeaux sous le nom de Bertrand Redon. Il est le fils de Bertrand Redon et d'Odile, une jeune créole d’origine française née à La Nouvelle-Orléans, qui a été mariée à Bertrand Redon aux États-Unis alors qu'elle n'était âgée que de 14 ans. Le couple vient en France cinq ou six ans après le mariage et après la naissance d'Ernest Redon, frère aîné musicien d'Odilon Redon. Lors de ce voyage en bateau, Odile est enceinte d'Odilon.
Odilon Redon est le deuxième dans une fratrie de cinq enfants : il a son grand frère Ernest, plus âgé de quatre ans, une petite sœur, Marie, et deux petits frères, Léo et Gaston qui sont plus jeunes de respectivement quatre, dix et douze ans
Il est confié à une nourrice puis à son oncle, à la campagne. Il passe son enfance entre Bordeaux et le domaine de Peyrelebade près de Listrac-Médoc, une propriété viticole achetée par son père quand il était encore en Louisiane. C’est là, vers six ans, « en plein isolement de la campagne », que les fusains voient le jour, dans cette nature pleine de clair-obscur et de nuances propres à éveiller chez le jeune garçon ce monde étrange et fantasmagorique, ce sentiment subjectif qui est l'essence même de son œuvre, et qui est encore aujourd'hui une énigme. Il mène une vie sereine et religieuse.
Cependant Odilon souffre d'épilepsie depuis ses 4 ans. Ses parents l’emmènent en pèlerinage à la Basilique Notre-Dame de Verdelais dans l'espoir de le guérir. Ils s'en remettent à la "vierge noire” connue alors pour guérir les maux.
À sept ans, une vieille bonne le mène à Paris pour quelques mois, il découvre les musées. Il reste devant les toiles, silencieux et sous le charme. Les tableaux figurant des drames frappent l’esprit de l'enfant. Il guérit en 1850. Un an plus tard il revient vivre à Bordeaux avec ses parents. Il est scolarisé à Bordeaux à l'âge de 10 ans, il suit des cours de violon et de piano et obtient un prix de dessin l'année suivante. Il fait sa Première Communion en 1852.
Il décide d'être artiste, sa famille y consent, il continue ses études et prend des leçons de dessin et d’aquarelle à partir de 1855 avec son premier maître, Stanislas Gorin, élève d’Eugène Isabey. Il découvre Millet, Corot, Gustave Moreau.
Sous l'influence de son père, qui l’envoie à Paris en 1857, il tente des études d'architecture à contre-cœur. Il partage dès lors sa vie entre Bordeaux et Paris. À Bordeaux, il se lie d’amitié avec le botaniste Armand Clavaud, de douze ans son ainé, qui l'initie aux sciences et à la littérature. Grâce à lui, il se passionne pour Darwin et Lamarck, pour les recherches de Pasteur, lit Les Fleurs du mal de Baudelaire, dont il illustrera certains poèmes, Gustave Flaubert, Edgar Allan Poe et la poésie hindoue.
À l'âge de 18 ans, arrivé au terme de ses études, son père l'invite à préparer le concours des Beaux-Arts pour devenir architecte
Redon pressent son échec à ce concours dont il n'a pas voulu et ne dissimule pas son envie de devenir peintre ; il échoue donc au concours en 1862.
À Paris, il entre dans l’atelier de Jean-Léon Gérôme, mais les relations entre le maître et l'élève sont difficiles.
À Bordeaux, très lié avec Rodolphe Bresdin qui lui apprend la gravure, il commence sous la direction de cet artiste — dont l’art onirique est libre de tout formalisme —, une série de onze eau-forte : Le Gué, tirées en 1866, dans une inspiration orientaliste et romantique venue de Delacroix qu’il connaît de vue.
Redon participe comme simple soldat aux combats sur la Loire pendant la guerre de 1870. Après la guerre, il s’installe à Montparnasse, jusqu'en 1877, mais l'été, il retourne à Peyrelebade et passe l’automne en Bretagne. Il fréquente le salon littéraire et musical de madame de Rayssac, rencontre Fantin-Latour, Paul Chenavard, le musicien Ernest Chausson. Il séjourne à Barbizon pour y étudier les arbres et les sous-bois. En 1878, il voyage pour la première fois en Belgique et en Hollande. L'année suivante, il est remarqué pour son premier album de lithographies, intitulé Dans le rêve — il fait de la « lithographie de jet » —, les rêves, la descente dans l'inconscient, lui permettent de révéler les sources de son inspiration et de décrire son monde personnel voué à l'exploration de l’imaginaire.
Le 1er mai 1880 il épouse à Paris Camille Falte, née en 1852 et décédée en 1923, qui est originaire de l’île Bourbon (aujourd’hui l’île de La Réunion). Elle joue un rôle très important dans son travail en le soutenant au quotidien et en lui assurant une stabilité.
En 1884, Joris-Karl Huysmans publie À rebours, avec un passage consacré à Odilon Redon.
Il y a une forte scission entre le début de son œuvre et la fin. Pendant la première moitié de sa vie, il est le peintre du noir, et ne cesse d'utiliser cette teinte. Son passage à la couleur correspond à la naissance de son premier fils. Après n'avoir jamais utilisé la couleur, il va à la fois en faire un usage très complexe, mais aussi créer des tableaux les plus colorés qui soient. L'artiste qualifiera ce passage à une peinture entièrement colorée de « déclic »
En 1886, Odilon Redon participe à la huitième et dernière exposition des impressionnistes.
Le 11 mai 1886, son premier fils, Jean, naît. Cependant il décède six mois et demi plus tard. Son second fils, Arï, naît en 1889.
Entre 1870 et 1895, il utilise principalement le fusain et la lithographie pour créer des dessins aux sujets oniriques qu'il appelle ses « noirs ». Les années 1890 et le début du siècle sont une période de transformation, de mutation, il abandonne ses « noirs » et commence à utiliser le pastel et l'huile, et la couleur domine les œuvres du reste de sa vie. Il réalise Ève, son premier nu féminin d’après modèle. Il représente des textes par la peinture, que ce soit les siens comme Les Yeux clos ou Les Origines mais aussi ceux d’autres auteurs de l’univers fantastique notamment Edgar Allan Poe. En 1899, Maurice Denis le présente au groupe des nabis et le peint, en 1900, dans l’Hommage à Cézanne, debout devant une toile de Cézanne, entouré de Pierre Bonnard, Édouard Vuillard, Ker-Xavier Roussel, Paul Sérusier, André Mellerio et Ambroise Vollard. Avec Maurice Denis, il exécute des peintures décoratives pour son ami le compositeur Ernest Chausson, dans son hôtel particulier du 22, boulevard de Courcelles, ainsi que dans le château de Domecy-sur-le-Vault, en Bourgogne, de son ami et mécène, Robert de Domecy, avec qui il a voyagé en Italie.
Redon travaille avec Mallarmé et expose à la galerie Durand-Ruel en 1900.
En 1900-1901 Redon peint des grandes surfaces en réalisant des panneaux grâce à une commande du baron Robert Domecy qui vient de faire construire un château dans l’Yonne. Il fait part de son travail à son ami Albert Bonger en écrivant : « Je couvre les murs d’une salle à manger des fleurs, fleurs de rêve, de la faune imaginaire ; le tout par de grands panneaux, traités avec un peu de tout, de la détrempe, l’aoline, l’huile, le pastel même dont j’ai un bon résultat ce moment-ci, un pastel géant. »
En 1901, il participe au salon de la Libre Esthétique à Bruxelles et au salon de la Société nationale des beaux-arts à Paris. Son ami d’enfance, le peintre Charles Lacoste, l’introduit en 1903 auprès de Gabriel Frizeau, mécène bordelais passionné d'art.
Il crée en 1902 le décor du salon de musique de l’hôtel parisien de la veuve d’Ernest Chausson décédé en 1899.
Redon est apprécié et soutenu par des artistes et des intellectuels. En 1907, Odilon fait appel à Marius-Ary Leblond pour réaliser un article sur lui notamment à la suite d'un écrit d’un de ses amis, le poète Francis Jammes, qui ne le satisfera pas. Imaginant un dialogue avec une des roses peinte par Redon, Jammes le fait passer pour un inconscient qui n’a aucune idée de ce qu’il fait : « Tu cherches le secret de son génie ? demanda-t-elle. Et j’inclinais la tête. Je l’ignore et lui-même l’ignore, dit-elle. » (extrait du texte de Francis Jammes publié dans Vers et prose en décembre 1906). Dans une lettre à Andries Bonger écrite le 2 mars 1907, Odilon Redon réagit à cet écrit “Ces pages de Jammes sont charmantes, mais la rose à tort de dire que je n’ai pas conscience de mon Talent. Hélas ! Si. J’en connais toutes les faiblesses; il me fallait bien marcher comme la nature m’avait fait. Je crois que le Talent est dans la connaissance des limites de notre nature et dans la modestie de ne donner que ce que l’on a. La rose dont parle Jammes a tort, je sais ce que je fais”. À la demande de Redon, Marius-Ary Leblond publie dans la Revue illustrée « Odilon Redon, le merveilleux dans la peinture ». Marius-Ary Leblond est un patronyme derrière lequel deux cousins : Georges Athénas qui correspond à Marius Leblond et Aimé Merlo qui est Ary Leblond. Originaires de l’île de la Réunion, ils se sont installés à Paris dans les années 1890 et écrivent des romans et essais faisant écho au colonialisme. Redon a donné un tournant différent à son art en explorant les thématiques de la nature et des couleurs. L’article de Marius-Ary Leblond va exprimer cette évolution artistique. Ils la décrivent en ces termes « Redon se lassa bientôt de cette sorte d’enfer spiralant et noir où il s’était enfermé […] il éprouva le besoin de la lumière et monta vers la couleur comme vers un paradis ».
En 1908, Odilon voyage à Venise, en Italie avec sa femme, son fils et Arthur Fontaine, il réalise ses premiers cartons de tapisserie pour la manufacture des Gobelins à la demande de Gustave Geffroy.
Il passe l'été à Bièvres (Essonne) à la villa Juliette qu'il loue, n'ayant pu la racheter, après le décès de Juliette Dodu, la demi-sœur de son épouse.
André Mellerio, en 1913, publie un catalogue de ses eau-forte et lithographies. La même année, l'Armory Show présente quarante de ses œuvres sur le continent américain à New York, dans le cadre de l'International Exhibition of Modern Art, puis à Chicago et Boston.
Dans À soi-même, une intéressante autobiographie publiée de son vivant, il évoque ses rapports avec le milieu artistique et les ambitions artistiques et spirituelles de son époque.
Il meurt le 6 juillet 1916 en son domicile au 129 avenue de Wagram dans le 17e arrondissement de Paris14 ; son fils Ari, mobilisé, n’a pu arriver à temps du front. Une huile sur toile, La Vierge, reste inachevée sur son chevalet. Il est inhumé dans le petit cimetière de Bièvres, l’« âme du roi des mondes imaginaires » repose là sous une pierre tombale régulièrement fleurie.